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Pourquoi les auteurs ont encore besoin d’un accompagnement humain à l’ère de l’IA

Combien de fois est-ce que j’entends que mon métier est menacé par l’IA.

Combien de fois on me demande pourquoi les auteurs payeraient un prestataire pour réaliser le diagnostic d’un manuscrit ou pour accompagner le travail éditorial sur un texte alors que l’IA le fait vite, bien et gratuitement.

L’IA répond vite. Mais elle ne décide pas à votre place

Effectivement, certains auteurs disposent parfois d’analyses générées en quelques secondes et de recommandations automatisées. Effectivement, on peut avoir un texte propre et s’auto-éditer dans la foulée.

La réalité du terrain est autre : les auteurs envoient leur manuscrit à des maisons d’édition. Parfois, aucune réponse. Parfois des refus non motivés. En final, les auteurs sont bloqués car ils ne savent pas ce qui ne va pas. Ainsi ils ont besoin de savoir, ils ont besoin d’un regard professionnel sur leur texte pour en diagnostiquer les forces et les faiblesses, les pistes de modifications, etc. D’autres auteurs ont besoin d’être orientés (comprendre et connaitre les coulisses de l’édition), Certains ont reçu des propositions de contrats abscons. D’autres – épuisés et découragés – ont choisi l’auto-édition sans en évaluer les tenants et les aboutissants. Là encore ils ont besoin de soutien.

Si l’IA aide à produire et propose des solutions, elle ne décide pas et ne pense pas à votre place. Or écrire un livre, ce n’est pas seulement produire du texte. C’est aussi faire des choix : choix éditoriaux, choix de publication, choix de diffusion. Comment s’y retrouver ? Comment connaitre et appréhender les critères de choix ? Un éclairage professionnel est souvent nécessaire, il permet de gagner du temps, ou du moins de ne pas en perdre.

Écrire, ce n’est pas seulement produire du texte

Écrire, c’est d’abord transmettre des émotions et pour y arriver, il faut se révéler. Malheureusement, on peut écrire, même très bien écrire, mais rester caché·e derrière les mots ! Oui, écrire doit révéler. Mais comment explore-t-on ce qui nous traverse et comment transforme-t-on en matière romanesque ? Pour cela, il n’existe pas de conseils standardisés ou de méthodologies prêtes à l’emploi. Ce long processus exigeant – mais ô combien exaltant – nécessite dans de nombreux cas un troisième œil, un accompagnement extérieur, constructif, personnalisé et bienveillant pour faire progresser l’écriture dans la seule bonne direction possible – la voix de l’auteur·e !

Publier un livre est une chose facile aujourd’hui. Pourtant, à mon sens, le résultat – le livre entre les mains – compte bien moins que le chemin parcouru pour arriver à ce résultat.

On écrit d’abord avec son cœeur. L’écriture ne mobilise pas seulement des compétences techniques ou narratives. Elle engage aussi des émotions, des souffrances, des doutes, des désirs, des deuils… Le défi de l’écriture est de les entendre, de les cueillir, de les visualiser, puis, d’oser les travailler, les matérialiser, les sculpter, jusqu’à en faire une histoire qui résonne pour d’autres lecteurs mais qui ressemble profondément à son auteur·e d’une façon originale et singulière.

J’ai l’intime conviction qu’on a tous et toutes en nous une matière qui mérite d’être écrite. Elle se cache dans nos souvenirs, nos quotidiens, nos observations, nos lectures d’actualité, nos dialogues avec les autres, nos ressentis. Reste à trouver le fil conducteur et à faire entendre la voix qui est la nôtre, incarnée et singulière. C’est de cela qu’il retourne dans un accompagnement éditorial.

Quant à l’outil technologique, il propose des méthodologies, des conseils plutôt standardisés. Il produit des réponses, il analyse des données, mais il ne comprend pas un vécu et surtout, il ne sait pas faire parler un vécu.

Dans cet écart naît précisément la valeur ajoutée d’un accompagnement éditorial.

Plus les outils deviennent performants, plus la dimension humaine doit être assumée et explicitée, surtout s’agissant de la complexité humaine qui se cache derrière l’écriture. Ainsi je m’évertue à proposer une telle expertise car elle n’empêche pas l’IA, elle ne se substitue pas à l’IA.

Ce qu’un accompagnement éditorial peut réellement apporter

L’accompagnement ne consiste ni à juger ni à analyser ni à écrire à la place de l’auteur·e. Il repose sur l’écoute, le questionnement et la co-construction.

Je ne produis pas des interprétations et des analyses. J’accompagne la réflexion pour clarifier la propre pensée de l’auteur·e, structurer son dialogue intérieur, se reconnecter aux émotions, identifier des leviers, prendre confiance, libérer l’écriture, etc.

L’accompagnement se construit par étapes, à partir d’éléments reçus et accueillis au cours des séances de travail. Je pose le cadre, je questionne et en fonction de ce qui se passe, on avance et on progresse pour une étape suivante.

À titre d’exemple :

Un outil peut générer une reformulation cohérente. Il ne peut pas exploiter un silence chargé d’émotion ou d’incertitude car il ne l’entend pas. Quand j’accompagne, j’entends ; je vis ce que j’entends et je le décortique pour aider l’auteur·e à le transformer en matière, en mots.

L’accompagnement que je propose se caractérise par :

  • une qualité d’écoute profonde,
  • une lecture fine des signaux non verbaux,
  • une capacité à confronter réalité/fiction avec justesse,
  • une responsabilité de maintenir un cadre sécurisant.

Ces compétences relèvent d’une présence humaine réelle. Elles ne sont ni automatisables ni standardisables.

La valeur irremplaçable du lien humain

L’intelligence artificielle révèle ainsi la valeur irremplaçable du lien. Elle met en lumière le cœur véritable de notre métier. Il évolue certes, mais son ADN reste inchangé : la relation humaine demeure le cœur de l’accompagnement.

Et cette même technologie nous pousse aujourd’hui à définir notre valeur et à poser clairement le cadre de nos interventions.

Véronique Thabuis